Ma vie avec John Wayne création 2022

Une création théâtrale et musicale – 2022

Jessy a hérité d’une usine dans les Vosges. Puis elle s’est mariée avec Livio car il avait des airs de John Wayne. Et Jessy a toujours aimé l’image de John Wayne. Mais Livio est parti, emportant l’usine avec lui, abandonnant là son habit de héros et … Jessy.
Du jour au lendemain, elle doit alors se réinventer
avec ce qu’il lui reste : ses rêves d’entrepreneuse et John Wayne son mythe familier. Rien de bien monnayable dans l’économie libérale, mais finalement l’essentiel. Elle n’a plus les moyens matériels mais elle a toujours ses rêves ; elle existe. Avec John Wayne, sa référence si abstraite, elle se reconstruit concrètement.

On la dit pauvre ? Elle dément :
« J’ai des rêves plein la tête (…). T’es avec moi John (…). Le désert ne me fait pas peur.« 

Alors Jessy n’est plus étrange, elle qui ne rentre pas dans les cases. Son monde devient une solution. La solution ?


Texte Lise Martin – Mise en scène et écriture des chansons Cécile Fraisse-Bareille  – Scénographie Émilie Roy – Composition musicale et sonore Guillaume Lainé – Lumière Pierre Daubigny – Costumes Sonia Bosc – Administration de production Le Petit Bureau – Avec : Marianne Pichon, Maud le Grévellec et Guillaume Lainé


Lise Martin, l’autrice : « Il y a tout dans un western« .

« Il y a tout dans un western. Et la philosophie du western c’est le contraire du libéralisme à tout crin. Les gros propriétaires empêchent toujours les petits éleveurs de s’installer, ils doivent faire allégeance ou partir. Les plus forts éliminent les plus faibles. Il est rare que l’on déteste les Indiens dans les films et leur cruauté est souvent bien comprise. Ils ont été spoliés. C’est à mon sens une mythologie moderne. Le western se situe à la charnière d’une Amérique en devenir. La métaphore et le parallèle avec notre monde moderne sont pour moi une évidence. « 


Cécile Fraisse-Bareille, la metteuse en scène : « Changer de point de vue, être au monde et prendre le large« .

Regarder le monde à hauteur de Jessy : « Pourquoi faut-il travailler pour vivre ? »

Comment gagner de l’argent ? Quand, jusque-là, on n’en a jamais manqué. Donner la parole à Jessy, et lui faire prendre le large est un acte de résistance. Jessy lutte. De riche héritière (son père lui a légué a sa mort son usine de cravate de Saint-Dié-des-Vosges), elle est passée à pauvre sans revenus. Jessy brosse une galerie de personnages dans sa lutte solitaire qui nous renvoie à la lutte de centaines autres solitaires. Elle nous fait entendre plusieurs voix, dont celle d’un certain John. Il s’agit de chercher, dans ces voix, comment Jessy va pouvoir exister.

 Être au monde et exister : « Voilà j’ai trouvé ce que je veux faire. Je veux changer de modèle, changer de fonctionnement ». 

Ce texte polyphonique, écrit pour une seule voix, ouvre à une pluralité de points de vue et d’histoires. Jessy est un archétype qui porte en elle une multiplicité de personnages. La mise en scène s’empare de ce matériau comme d’une partition musicale telle une choralité. Elle va se construire comme une rhapsodie, qui coud entre eux différentes matières, incluant d’autres interprètes au plateau, de la musique, des chants et du mouvement. Les références cinématographiques induites par l’héroïne et son rapport à John Wayne m’ouvrent aux films de John Wayne comme à d’autres univers cinématographiques, notamment Les ailes du désir de Wim Wenders.

Prendre le large : « Je ne suis pas pauvre. J’ai des rêves plein la tête. Je ne suis pas seule. T’es avec moi John. Le dernier des géants. Le désert ne me fait pas peur. Pas peur du tout ».

L’espace scénique évoque la salle des fêtes de Saint-Dié-des-Vosges, lieu de refuge pour Jessy. Dans cet espace, il y a deux bonnes âmes. Comme les anges des Ailes du Désir. Ces anges sont une chanteuse et un chanteur-musicien (accordéon et harmonica). Tout comme le public, iels sont les témoins des pensées secrètes et intérieures de Jessy. Tout comme John. Sauf que Jessy ne les voit pas. Parfois elle les sent. Ces anges vont chanter, jouer, vibrer au gré du récit de Jessy. Iels seront harmonie, comme interférence, parfois cacophonie. Iels apportent onirisme et décalage, et inventent des mondes qui questionnent la place de chacun dans l’humanité. La vision du monde de Jessy qui semblerait a priori étrange, devient étrangement réaliste. Les chansons écrites par Cécile Fraisse-Bareille et composées par Guillaume Lainé viendront ponctuer cette conversation solitaire. En miroir, deux mondes se rencontrent. Chanteuse et musicien d’un côté, Jessy et John de l’autre. La situation réelle, (Jessy trouve refuge dans la salle des fêtes de Saint-Dié-des-Vosges) induit que les accessoires du spectacle seront de ceux qu’on trouve dans une salle des fêtes : micro, instruments de musique, toile de fond tendue avec une photo de Monument Valley… Cette scénographie se veut légère, transportable et adaptable.